territoires-dechus-2014-13
Détails de l'œuvre
"Territoires déchus 13" 2013
territoires-dechus-2014-14
Détails de l'œuvre
"Territoires déchus 14" 2013
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"Rien n'est fini tout recommence 3" 2014
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"Rien n'est fini tout recommence 6" 2014
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"Rien n'est fini tout recommence 10" 2014
rien-n-est-fiin-2014-16
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"Rien n'est fini tout recommence 16" 2014

Présentation série 2017 « Le Monde se fait et se défait »



Le Monde, en perpétuel mouvement, se fait et se défait au gré des misères des hommes et des dérèglements de la planète. Ces migrations humaines et animales charrient leur lot de douleurs et d'espoirs laissant dans leurs sillages des empreintes de vies en reconstruction.

Cléo Robine développe ici un concept d'architecture filaire, composé de fils multicolores aux sections et tailles différentes, assemblés en volume sur un plan vertical. Les 15 toiles présentes ici, témoignent des déplacements des êtres vivants et des traces qu'ils impriment dans l'environnement. Certaines altèrent tandis que d'autres nourrissent. Dispersions, regroupements, errances, les chemins parcourus rident la surface de la terre nourricière et en modifient profondément ses expressions. Ces parcours, parfois chaotiques, s'illustrent à travers l'enchevêtrement formé par les fils ainsi que leur taille, à l'image de ces champs de couleurs tranchées, alternant vacuité et surpeuplement. Puis le poids des œuvres nous fait ressentir les difficultés rencontrées, alors que la lumière, selon où le regard se pose, intensifie les palpitations de ce monde en captant ses vibrations.

Par ce saisissant patchwork vivant, travaillé comme une tapisserie, l'artiste ébauche un futur en réinvention.

Isabelle Diacre






Démarche artistique



« Toucher à l'essentiel, ne pas s'encombrer de l'inutile ou du superflu. Dans ma démarche se rejoignent l'intime et l'universel. J'ai le refus de la description et de l'anecdote au profit de l'intensité picturale. Ce qui m'importe c'est la vibration, profonde, secrète, essentielle. Celle qui anime tout être vivant. Une « vivance » dont je me nourris au contact de chaque arbre, de chaque pierre, comme mue par un besoin organique de m'ancrer encore plus dans la terre-mère. Depuis longtemps le lien sacré qui unit l'espèce humaine et son environnement, dans un équilibre ténu et fragile, est mis à mal en faveur de considérations telles que le profit et le pouvoir, engendrant incompréhensions, intolérances et souffrances sur les corps et les esprits. C'est l'essence même de mon travail que de recueillir ces traces et empreintes laissées par les hommes sur une nature malmenée par ses hôtes, comme autant d'épreuves et de témoignages de la rudesse de notre époque. Encore aujourd'hui l'indignation et la colère m'animent même si j'y puise une certaine résilience doublée d'optimisme et d'espoir. Les sujets sont donc nombreux et servent de point de départ à mon travail. Tout d'abord il y a la nature dans laquelle je m'immerge pour en capter ses palpitations. Puis vient la phase d'intériorisation, je me recentre, en immersion dans les univers musicaux de Joe Purdy, Marias Callas ou James Newton Howard, je suis alors en connexion avec moi-même. Alors j'observe ce qui se passe, je laisse émerger les ressentis. Tout arrive, vite : le croquis, une ébauche, les couleurs, le choix du matériau, avec lequel je vais me « sentir » travailler. J'ai besoin de textures, de rapports de matières, comme le bois, le plâtre, les bandes mais aussi les pointes, les clous, les écrous, les fils, les cordages, les fibres, mes jus, mes soupes de matières ; le lisse et le brut, comme une sorte de langage entre le fini et l'imperfection. Alors je perce, coupe, ouvre et entrouvre, referme, crée du volume ; harmonisant les écarts, apprivoisant les tensions, réinterprétant les ruptures, donnant du sens aux nœuds les plus singuliers. Je cherche à traiter la face cachée de la réalité à rendre visible des modèles de l'inconscient. Dès lors je renverse les usages et place en abîme le vide et le plein, la réalité et l'apparence, le fondamental et le superflu. Les notions de limites et de passage constituent les clés de décryptage de mon travail. Même si Chagall, Soulages et Zao Wu KI m'ont fortement impressionnée, je reste au plus près de mes instincts et de ma vérité : « La créativité est la plus grande rébellion existante. Si vous voulez créer, vous devez vous débarrasser de toutes les conventions ». Osho Répondant à une exigence d'absolu, je cherche à provoquer la réflexion, les réactions, le repositionnement de soi, les remises en question avec un regard libre, affranchi de tous carcans. Mes toiles ne sont pas des fenêtres vers l'extérieur mais des portes qui s'ouvrent vers l'intérieur de l'esprit. »

Isabelle Diacre





L'espace pour principe.



Cléo Robine dépasse les clivages de la couleur pour transgresser le chaos que la matière impose.

Elle dépasse la simple expression picturale pour en repousser les limites, jusqu'à créer un langage vibrant de sincérité. Rendre audibles les contraires, en travaillant sur la trace, le signe, l'empreinte, se révèle être l'une de ses principales motivations artistiques.

Cléo capte l'impalpable : l'espace comme principe, les matières comme langage, les couleurs comme signaux… Et les lignes qu'elle repousse au plus haut, dessinent le propos d'une poésie possible et nécessaire.

Elle s'intéresse au corps, en fonction des cicatrices de la vie, en évitant les bavardages inutiles, avec le souci de l'épure jusqu'aux frontières du minimalisme. Sa démarche est noble et tournée vers l'essentiel. Privilégiant la réappropriation du déchet par l'art, elle prouve que rien n'est fini, tout recommence.

Diplômée de l'Ecole Boulle, cette plasticienne révoltée et opiniâtre, nourrit sa quête de partage, jusque dans les silences des territoires déchus.

Récemment, l'artiste déclenche son alerte pour l'éveil des consciences et cette philosophie tombe à point nommé. Comme le vide recherche le plein, Cléo Robine remplit sa partition comme une respiration nécessaire à l'artiste pour l'accomplissement de son objectif, avec cette humilité qui la caractérise.


Mylène Vignon
Expert en art contemporain






> Voir l'analyse Artrinet de l'œuvre de Cléo ROBINE